Parce qu’il faut bien commencer quelque part

« Ça y est, c’est décidé, je me mets à mon compte et je deviens traducteur ! ».

J’imagine que nombreux sont ceux à avoir pensé de la sorte une fois le diplôme en poche. Personnellement, je suis de ces naïfs qui foncent tête baissée sans vraiment réaliser en amont les obstacles qui m’attendent. Je le reconnais, je suis buté, on ne se refait pas.

traduction premiers clients
Âne… buté… tête de mule… L’occasion de vous présenter mes deux potes rencontrés dans les Highlands en Écosse.

Commencer dans la traduction, c’est dur. Et il va falloir se faire à l’idée, parce que nous, jeunes traducteurs, avons de nombreuses périodes de doute à venir. Pour parvenir à une situation stable, il va falloir suer à grosses gouttes et s’engager à bras le corps dans cette profession qui, pour pouvoir être embrassée, doit être une passion avant de devenir un gagne-pain. À ceux qui sont prêts à se retrousser les manches et à se mettre aux fourneaux, hauts les cœurs ! Je vous souhaite bien du courage et je m’en souhaite à moi-même pour les semaines à venir.

Une fois toute la paperasse bouclée lors de mon déménagement, une fois ma décision prise de me lancer comme traducteur et d’y investir le maigre pécule mis de côté ces derniers mois, une fois l’entreprise créée, la comptabilité plus ou moins comprise, le numéro de TVA acquis et j’en passe et des meilleurs, je me suis vite trouvé confronté à une question à laquelle on ne commence à penser vraiment qu’une fois au pied du mur (enfin dans mon cas tout du moins) :

« Mais comment je vais les trouver mes clients en fait ? »

J’ai dû creuser dans les tréfonds de l’Internet pour savoir comment me lancer comme traducteur indépendant (ok j’exagère peut-être un chouia). Il y a beaucoup de sources disponibles, et même de très bonnes, mais je me suis dit que pour inaugurer mon propre site internet, rien de mieux que vous livrer quelques conseils pratiques de mon cru, inspirés de ma propre expérience et des diverses informations que j’ai trouvées dans divers groupes de discussions en ligne. Je présente cet article en deux parties, pour la simple et bonne raison qu’il y a deux manières de trouver des clients : le marketing actif et le marketing passif.

1. Un traducteur à la recherche de clients : le Marketing actif

Le marketing actif est sans aucun doute celui qui a les meilleurs résultats sur le court terme. Il consiste, comme son nom l’indique, à contacter soi-même les agences de traduction, voire les clients directs, avec lesquels vous souhaitez travailler. Préparez-vous à ravaler votre égo car la plupart de vos destinataires ne vous répondront pas. Et la plupart de ceux qui vous répondront vous feront parvenir un refus pour une raison X ou Y. Vous ne recevrez donc qu’un pourcentage minime de réponses positives et il va falloir optimiser votre approche au maximum pour mettre toutes les chances de votre côté, et cela se prépare.

Un CV, ça se prépare

D’une, ouvrez votre CV, assurez-vous qu’il bien est à jour et optimisez-le pour votre activité de traducteur, vous trouverez pléthore de conseils après une courte recherche sur votre moteur de recherche préféré, mais n’oubliez pas de structurer votre CV autour de la traduction ! Bien souvent, le résultat ne ressemble en rien au CV habituel que vous avez possiblement utilisé jusque-là (et j’ai moi-même encore du travail avant d’en finir avec ça). Pensez par exemple à mettre en valeur les informations qui sont importantes pour votre business en en-tête du CV : en particulier vos paires de langue et le nom de votre entreprise. Triez les informations qui vont permettre de vous vendre comme traducteur et à les mettre en valeur. Last but not least, on y passe tous : traduisez ou faites traduire votre CV dans toutes vos langues de travail. Et si vous le traduisez vous-même, faites corriger tout cela par des natifs.

Prospecter des agences

De deux, préparez un modèle d’e-mail pour approcher les agences de traduction de la meilleure manière que possible. Cela ne signifie pas que vous devriez créer un e-mail tout fait et l’envoyer à toutes les agences qui croisent votre route. Le but est plutôt de sélectionner les agences qui pourraient avoir besoin de vos domaines de compétence selon les services qu’elles proposent elles-mêmes. Vous trouverez toutes ces informations en consultant leur site internet. Une fois que vous êtes certain d’avoir à minima une petite chance de les intéresser, faites vos recherches pour trouver le nom de la personne à qui vous allez envoyer l’e-mail, il vaudra toujours mieux saluer M. Dupont par son nom qu’introduire un email par un hasardeux « Chère agence de trad’ ». Enfin, prenez votre modèle d’e-mail, adaptez-le à votre destinataire en fonction des informations collectées et envoyez-le. Il vous faudra bien entendu traduire votre modèle d’e-mail dans toutes vos langues de travail.

Je ne saurais d’ailleurs que vous recommander la lecture de l’article suivant au sujet des agences de traduction :

https://journals.openedition.org/traduire/862

Trouver des agences de traduction

J’imagine qu’il y a diverses méthodes pour dénicher des listes d’agences de traduction avec lesquelles vous souhaitez travailler. Personnellement, je n’en utilise qu’une seule, et elle s’avère être plutôt efficace : le Blue board de Proz.com. Proz est établi comme la plateforme principale de mise en relation du traducteur au client et vice versa. La majorité des agences de traduction l’ont donc utilisée tôt ou tard. Une fois une agence enregistrée sur le site, elle figure dans ce fameux Blue board qui est mis à disposition de tous : vous n’avez même pas besoin d’un compte Proz payant pour voir la liste des agences existantes. Il y a grosso modo 23 000 entreprises qui y figurent, c’est vous dire s’il y a du grain à moudre ! Avec un compte Proz payant, vous aurez même accès aux notations et commentaires de traducteurs qui ont collaboré avec les agences. Vous pouvez aussi trier les agences selon vos besoins (par pays, par derniers commentaires postés pour savoir lesquelles sont actives etc.) Bref, jugez par vous-même : https://www.proz.com/blueboard.

database agences de traduction

Quid des clients directs ?

Pour ce qui est des clients directs… J’ai personnellement osé me lancer dans la traduction en indépendant à plein temps parce qu’un client direct important était intéressé par mes services. J’ai par la suite essayé de trouver d’autres clients directs, au petit bonheur la chance je l’avoue, sans avoir un gros bagage de traducteur derrière moi : je déconseille cette manière de procéder. Travailler avec un client direct rapporte certes plus que le travail avec des agences (et encore ça se discute étant donné que l’agence s’occupe de nombreux aspects chronophages du contrat de traduction), mais j’ai personnellement le sentiment que prospecter par e-mail des clients directs est compliqué voire proche de l’impossible sans un portfolio conséquent. Les clients directs, on les obtient plutôt dans la vie réelle au hasard des rencontres du quotidien. Quoi qu’il en soit, je ne réessaierai de prospecter des clients directs qu’une fois en possession d’un beau portfolio, c’est-à-dire un portfolio qui pourra mettre en évidence mes compétences et prouver l’utilité de mon travail pour leur activité et la plus-value que je peux leur apporter. Notez que je manque d’expérience non seulement globalement, mais encore plus au sujet de la prospection de clients directs, il se peut donc que je m’y prenne juste mal.

2. Des clients à la recherche d’un traducteur : le Marketing passif

On en vient à ce qui est, selon moi, le plus important à mettre en place. La meilleure manière pour vous de trouver des clients serait tout simplement… de ne pas avoir à les chercher ! Et pour ce faire, il faut que vos clients vous trouvent dans cet immense potage qu’est l’Internet et prennent contact avec vous par eux-mêmes. Cela ne représente que des avantages : vous pouvez proposer vos tarifs réels plus facilement, vous tombez souvent sur des clients qui cherchent exactement votre profil, donc pour qui la traduction requiert moins de travail de recherche, et surtout vous économisez des heures et des heures de prospection hebdomadaire pour vous concentrer sur ce que vous faites le mieux : traduire.

Le marketing passif demande des efforts assez conséquents et chronophages au début de votre carrière de traducteur ; mais une fois votre système mis en place, sa maintenance et son optimisation ne demandent que quelques heures par semaine. Voici mes conseils, ou plutôt les étapes par lesquelles je suis passé moi-même.

Créez un compte Proz et un compte LinkedIn, et optimisez-les.

Il y a tout un tas de tutoriels mis à disposition en ligne pour savoir comment s’y prendre. S’habituer à ces outils peut prendre un certain temps mais ils vous donneront une forte visibilité en tant que traducteur sur le long terme, surtout si vous prenez le temps de vous y connecter régulièrement et d’y actualiser votre contenu. Pour Proz, envisagez sérieusement d’investir dans un compte « Plus membership », surtout la première année. Cela coûte certes un bras pour un newby tout frais sorti des bancs de la fac, mais le site augmente énormément votre visibilité et vous verrez régulièrement des agences vous contacter si vous avez bien optimisé votre profil.

Intéressez-vous aux Kudoz sur Proz

… ces récompenses reçues par les membres répondant aux questions terminologiques. Si d’autres membres Proz jugent votre réponse correcte, vous recevrez alors des points « Kudoz ». Ces fameux Kudoz sont, après l’abonnement payant au site, le deuxième facteur le plus efficace pour vous hisser au sommet des listes du site consultées par les clients en quête de traducteur. C’est un travail de longue haleine, mais vous apprendrez beaucoup sur vos domaines de spécialité, vous participerez à l’établissement d’un travail terminologique commun, et cela finira même par payer financièrement sur le long terme étant donnée l’augmentation de votre visibilité. Vous avez également la possibilité de poser vos propres questions si vous bloquez sur une traduction. Pensez à configurer vos paramètres Proz pour recevoir les questions correspondant à vos domaines de travail directement par e-mail.

Continuez à vous former !

Le plaisir de la traduction, c’est aussi de ne jamais arrêter d’apprendre. Suivez des formations de traducteur, des formations sur l’entreprenariat, des formations sur vos domaines de spécialité, des formations sur la SEO… La liste est longue ! Et c’est là où l’abonnement « Plus membership » intervient à nouveau : du contenu destiné aux débutants vous est mis à disposition et vous permet de professionnaliser votre activité. Je pense sincèrement que le prix de l’abonnement est rapidement amorti (je n’ai pas d’actions chez Proz promis), en particulier lorsque l’on débute. Sans oublier que les certificats obtenus au cours de vos formations prouveront votre sérieux et vous donneront de la crédibilité auprès de vos futurs clients.

Utilisez votre temps libre pour faire du bénévolat linguistique.

Vous ne trouvez pas de clients qui paient ? Qu’à cela ne tienne, travaillez bénévolement ! De nombreuses plateformes vous permettent de pratiquer vos compétences de traducteur. Vous n’y ferez certes pas progresser votre compte en banque, mais votre portfolio, lui, commencera à être garni d’expériences en tout genre qui, au même titre que pour les formations, vous feront gagner en crédibilité auprès de vos clients. Il faut bien que vous leur prouviez de ce que vous êtes capable d’une façon ou d’une autre, n’est-ce pas ? Quelques idées d’organismes : TED, Translators without borders, Amnesty international etc. Il est bon d’exploiter vos travaux publiés publiquement et de les utiliser au profit du marketing passif.

À titre d’exemple : le premier talk que j’ai sous-titré en français pour TEDx.

Joignez une association de traducteur (locale de préférence).

Je ne me suis pour le moment pas encore attaqué à cet aspect-là, surtout que j’habite en Estonie et que je ne parle pas (encore) l’estonien, mais il s’agit bel et bien d’une ressource de plus pour prouver votre professionnalisme et qui peut vous apporter quelques clients de plus. Des formations y sont organisées régulièrement. Et surtout, vous pourrez partir à la rencontre de vos collègues, ce qui vous permettra d’entretenir votre réseau ! Il faut bien sortir de sa cave de temps à autre.

Créez un site internet et/ou une chaîne Youtube et/ou un blog et/ou un podcast etc.

Créer du contenu régulier vous permettra d’augmenter votre référencement naturel. Cela signifie tout simplement que les clients vous trouveront encore plus facilement via les moteurs de recherche. Un site internet sert aussi de vitrine : vous pouvez y publier vos prestations, votre portfolio, votre blog etc. En particulier si vous souhaitez vous spécialiser dans la traduction de contenus marketing, votre site internet sera le témoin de votre aisance avec les contenus web. Créer un site internet n’est pas trop lourd financièrement si vous le faites par vous-même. Personnellement, j’ai utilisé WordPress, mais il existe des plateformes pour tous les goûts qui vous permettent de créer votre site sans que vous n’ayez besoin de connaissance particulière au préalable. Un autre avantage de la publication de contenus est de pouvoir mettre à jour vos réseaux sociaux par la même occasion, donc vous maintenez en vie tout un microcosme autour de vous qui ne cesse de prendre en ampleur sur le long terme et qui, d’une part vous permettra de trouver des clients passivement, et d’autre part vous donnera plus de crédibilité lorsque vous vous adresserez à vos clients. Car vos clients ne manqueront sûrement pas de chercher votre nom sur Google avant d’envisager une collaboration.

C’est à peu près tout ce que j’ai mis en place à titre personnel ces dernières semaines pour lancer mon activité. Vous êtes en ce moment même témoin de mon premier article de blog ; donc si vous avez bien suivi, il s’agit là d’un élément du marketing passif que je mets en place petit à petit. Prenez votre temps pour tout faire correctement, ne bâclez pas le travail, cela doit rester un plaisir sur le long terme et non une corvée, sans quoi vous n’irez pas bien loin. Et petit aparté, si vous n’avez pas le temps dont je dispose à consacrer à votre lancement, je ne saurais que vous recommander de commencer par Proz. De nombreux traducteurs ne se forment et ne trouvent du travail que par cette plateforme qui est, je le répète, extrêmement complète. Je vous souhaite un bon lancement ; soyez consistants et appliqués, votre labeur finira par payer !

Quelques sources en-dehors de Proz (que je n’ai plus besoin de citer) qui peuvent s’avérer inspirantes pour les traducteurs débutants et qui regorgent de conseils pratiques :

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